Keren Lentschner
30/04/2008 | Mise à jour : 15:11 |
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C'est ce même calcul qu'a fait Gaëlle, 27 ans. Mannequin français de l'agence Elite, elle devrait acheter la semaine prochaine un pied-à-terre à New York, dans le West Village, pour 795 000 dollars. « Même en période de récession, Manhattan reste une valeur sûre », se félicite son agent immobilier, Hicham Elkerdoudi, du Corcoran Group.
Comme eux, de nombreux étrangers dont environ un tiers d'Européens et un quart d'Asiatiques, selon les agents immobiliers sont devenus propriétaires d'une résidence secondaire aux États-Unis en 2007. Ils ont représenté 3 % des ventes nationales l'an passé. La crise américaine, qui a fait plonger le dollar et les prix de l'immobilier, les a convaincus de passer à l'acte. « Il y a une fenêtre d'investissement optimale jusqu'en novembre 2008 », estime Franck Dossa, directeur à Miami de l'agence Condhotel. Il parie sur une faiblesse du dollar jusqu'aux élections présidentielles.
« Au cours des cinq derniers mois, le nombre d'acheteurs étrangers a augmenté de façon significative, constate Kim Kirschner, agent immobilier à Hollywood, en Floride. Ce sont des personnes qui souhaitent se positionner au plus vite avant que les prix ne remontent. » La Floride reste la destination préférée de ces investisseurs étrangers devant la Californie, le Texas, l'Arizona et New York. Dans le Sunshine State (« État du soleil ») , les prix ont baissé d'environ 20 % en deux ans. Ils restent bien en dessous de ceux de Big Apple, surtout convoitée par les financiers. Le rêve est désormais accessible à partir de 150 000 euros. « Il y a trois ou quatre ans, on ne trouvait pas grand-chose à ce prix-là », précise Franck Dossa.
À Miami, le français est la troisième langue parlée. Les expatriés y seraient environ 30 000. Sans parler du nombre croissant de vacanciers hexagonaux. « Ils ont toujours été attirés par Miami, souligne Éric Amsallem, qui dirige l'agence selogeramiami.com. Il n'y a pas que le climat. Elle est devenue une ville culturelle et une vraie plate-forme économique entre l'Amérique du Nord et celle du Sud. »
Pour Pascale et Sacha, un couple de Cannois de 41 ans, le coup de cœur date de 2005. « Nous avions fini de rembourser nos prêts, le dollar baissait. Nous nous sommes dit : pourquoi ne pas investir là-bas ? », raconte Pascale. Depuis l'automne, le couple est propriétaire d'un appartement de 102 m2 dans le quartier huppé de South Beach. Il y passera les vacances d'été avec ses deux enfants. Piscine, fitness, accès direct à la mer…
Ce rêve américain grandeur nature leur a coûté 540 000 dollars, soit 386 000 euros. Pascale et Sacha ont emprunté les deux tiers auprès de leur banque, à Cannes. À 3 000 dollars le mois (ou 2 400 dollars la semaine), la location de l'appartement amortit le prêt. Le couple n'exclut pas d'acheter plus grand d'ici à quelques années. Et pourquoi pas ? s'y installer un jour. L'engouement des Français est tel que la Fédération nationale de l'immobilier d'Ile-de-France et son homologue de Miami partagent, depuis une semaine, leurs fichiers d'offres. En mars, au Salon de l'immobilier de Paris, le stand de Miami a connu une affluence record. « Près de trente personnes qui souhaitaient acheter à Miami nous ont laissé leurs coordonnées. C'est la première année que je vois ça ! », lance Teresa Kinney, PDG de la Realtor Association of Greater Miami and the Beaches. Depuis le début de l'année, Franck Dossa, qui recevra pendant les vacances de Pâques une trentaine de clients de l'Hexagone, a vendu huit biens à des Français. Miami compte aujourd'hui une centaine d'agents immobiliers français. Ils gèrent aussi bien la signature de la vente, souvent effectuée à distance, que son montage financier.
En pleine crise du subprime, les banques américaines et les
promoteurs accueillent ces clients étrangers à bras ouverts. Ils
comptent sur eux pour prendre le relais de spéculateurs qui, ces
dernières années, ont acheté sur plan, parfois jusqu'à une quarantaine
d'appartements…